GAFA : Si Google devenait un Etat… ?

Imaginez le monde en 1997. Fatima a 22 ans, elle vient d’avoir son diplôme à Lille en école de journalisme. Elle se sent un peu perdue. Les recruteurs lui disent qu’elle est trop jeune, qu’elle n’a pas assez d’expérience, qu’elle n’est pas suffisamment spécialisée. Le chômage lui pèse. Elle s’ennuie. Et un jour son petit frère rentre à la maison avec une drôle de machine : un ordinateur. Fatima commence à chatter avec des inconnus par delà le monde. Elle commence à maîtriser le monde du web et lance son propre mini-site. C’est le déclic. Une entreprise la remarque et lui propose un poste hors du commun : être “la première journaliste web”. Fatima arpente donc la toile et fait des critiques de sites web et des innovations numériques.

Elle assiste à la première révolution web. Un jour l’entreprise Gogle arrive sur le marché et propose un moteur de recherche épuré et efficace. Puis c’est l’entreprise Ap qui permet de se déplacer n’importe où avec la totalité de sa musique. Puis les ordinateurs portables, puis Gogle sort Gogle Mail pour pouvoir lire ses mails depuis n’importe quel ordinateur. Et Ap sort une machine qui regroupe la musique, les mails, le téléphone et l’ordinateur portable. Fatima n’en revient pas. La révolution web est donc bien en place ! Puis c’est la sortie de Fabo, le premier réseau social qui permet d’être connecté avec ses amis partout sur la planète.

Fatima obtient une autorisation pour aller à la Silicone Valley et rencontrer tous ces grands groupes qui ont changé sa vie. La première journaliste web française découvre le discours de Gogle, Fab et Ap qui décident de fusionner en Golgota pour rendre la vie des utilisateurs meilleure. Ils inventent un appareil nommé le Golgophone qui regroupe tous leurs service sur le même support. Les fondateurs d’Ap et Fab meurent mystérieusement et il ne reste plus que Gogle qui est bien attristé mais qui promet à ses utilisateurs de tout faire pour leur donner un monde meilleur. Aux Etats-Unis le monde a bien changé. Les ubers ne sont plus à la mode, supplantés par les fameuses Goglocar de Gogle, ces voitures qui se conduisent toute seules. Les gens mangent des jus de fruit hyper nutrimentés qui correspondent à leurs apports caloriques de la journée. Dans ce monde à grande vitesse, Fatima rencontre John Who. Le fondateur de Gogle. Coup de foudre. La première journaliste web française n’aurait jamais espéré avoir une vie aussi merveilleuse. Et ce n’est pas tout…

John Who décide de mettre fin à la guerre dans le monde en proposant des grands bateaux où les migrants peuvent trouver refuge. Ils vivent en micro-communauté et apprennent à coder pour travailler au compte de Gogle. Ces bateaux-vie se regroupent autour de la Gogle Island. Les réfugiés y sont tellement heureux qu’ils ne veulent plus retourner dans leur pays d’origine ni donner leur ancienne nationalité à leurs enfants. John Who demande donc la permission à l’ONU d’être considéré comme un Etat à part entière. Pourquoi pas après tout ? Alors que ces bateaux-vie et sa Gogle Island forment un territoire plus grand que Monaco et qu’ils font tant de bien dans le monde ? Le statut est accepté. Les Golgotiens deviennent une nationalité.

Et la prochaine étape ? John Who voit encore plus loin. Il faut aller ailleurs, sur Mars. Prendre les Golgotiens les plus intelligents et peupler une planète où il n’y aura ni peur, ni guerre, ni faim, ni maladie. Après tout c’est possible. On peut faire un monde meilleur Fatima, regarde. On peut agir pour le plus grand bien. Et alors que la fusée des meilleurs Golgotiens, Fatima et John Who lui même s’apprête à atterir sur Mars, elle explose soudainement. Et les Golgotiens restés sur Terre peuvent observer sur leurs Golgolphones le testament vidéo de Fatima où elle explique qu’ils étaient allés trop loin.

Telle est la dystopie racontée par Mounir Majhoubi, le président du Conseil National du Numérique aux Collégiales de Strate. Une histoire qui n’en est pas tout à fait une. Sur le pourcentage de la fiction, les trois-quart sont actuellement possibles à l’heure actuelle.

Voulons-nous voir l’avènement des états GAFA qui ne veulent que notre plus grand bien ? Quelles décisions pouvons-nous prendre en tant que consommateurs lucides ? Avons-nous réellement le choix et si oui, oserions-nous le prendre ?

“On ne les a pas élu. Ils décident tout pour nous. Et ils savent tout sur nous.”

À propos Cléa Jordier

Etudiante à la Web School Factory (P2020)

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